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Dumas

Alès et la Cévenne Capitale

Rotary Club Alès
Cévennes

Le Châtaignier

"Le monde se reconstruira autour d'un morceau de pain"

        André Chamson

La civilisation du châtaignier - l'arbre à pain - a duré plus de huit siècles, jusqu'à nos jours. Nombreux sont encore ceux qui, devenus architectes, ingénieurs ou professeurs évoquent le temps de leur enfance, à Barre, Pompidou ou Marvejols où la châtaigne était leur seul aliment, grillé, bouilli ou trempé selon les heures et les saisons.

La greffe du châtaignier - 1486
Gravure sur bois attestant l'ancienneté de la châtaigneraie

Toute civilisation a ses mots, ses rites, ses contes, et celle-ci ne fait pas exception. Les expressions liées au travail, d'abord, comme le " ménié " qui est le greffon pour les pousses sauvages, mais aussi les clèdes qui servent à sécher les châtaignes, les décortiqueurs et les châtaigneuses qui se louaient pour assurer le ramassage. Celles liées aux origines telles la " doufinenco ", qui arrivait certainement du Dauphiné et la " sardouno ", de Sardaigne.  Celles enfin liées aux différentes espèces : les citer c'est encore, pour tous, rappeler des souvenirs de veillées ou de réunions dominicales avec les parents : la " peregrino ", pour les pèlerins, la " cornobiou " qui n'est pas pour les toreros, la " fineto " pour les gourmets, et toutes les autres : la longue " figareto ", la ronde " méjane ", la petite noire, la " négreto ".

Les recettes sont simples : on les mange " en tête " quand elles sont bouillies, c'est l'en-cas du travailleur éloigné ou de l'écolier ou encore pelées, pour les gourmands. Rôties, elles deviennent " afachados " grâce à la poêle trouée. Et puis, les châtaignons qui sont des châtaignes sèches qui se mangent en soupe, simplement et c'est le " bajanado ", et les jours d'aisance, avec, du lait, des choux, de l'ail, du sucre, de l'huile d'olives et parfois quelques lardons, car le cochon lui aussi a droit de se repaître à bon compte de ce fruit miracle qui contient assez de calories pour soutenir toute une famille pendant l'année. Actuellement vivre dans les Cévennes n'impose pas la bajanado quotidienne, mais, en automne, il est de tradition de se laisser aller à faire une bonne fâchée entre amis, et au diable les régimes !

Car la châtaigne apporte trois fois plus de calories que le blé.  Un hectare de châtaigniers donnera trois fois Plus de farine qu'un hectare de blé, avec, en plus, les dérivés de la culture qui sont nombreux : le tanin, en premier lieu, livré à l'industrie lyonnaise, le bois ensuite qui, outre l'usage domestique, sert à faire des piquets pour la viticulture, des douelles pour les tonneaux et des chevrons pour les toitures, car ce bois est imputrescible.  Et les feuilles qui ont le mérite de servir pour les litières mais aussi de rendre la nature flamboyante à l'automne et qui sont un véritable enchantement que savent apprécier les Cévenols. Aller à Colognac en octobre est, pour nombre d'entre eux, le pèlerinage annuel.

Hélas, si perdurent encore les franges de cette civilisation, la force économique des châtaigneraies a tendance à disparaître.  Les arbres sont abandonnés, ce qui provoque les maladies de l'encre et de l'endothia.  Les belles châtaigneraies cultivées en futaie (plus de 25 000 ha dans le Gard) font place aux taillis, d'autant moins entretenus que l'écobuage ne convient pas à l'arbre.  La valorisation du bois, est tout de même assurée par les usages en bois d'industrie, mais ne représente que 85 000 m3 de production annuelle. Le fruit est laissé à l'abandon : plus de 98 % de la forêt est morcelée en petites propriétés privées que les propriétaires entendent conserver dans leur patrimoine.  Le verger tend ainsi à disparaître.  Au total, la surface cultivée est passée de 456 000 hectares en 1841 à 32 000 à ce jour.  Pourtant rien n'est encore perdu, car le problème économique bien posé permet d'apporter des solutions rentables : comment passer d'un système économique autocentré, à forte main-d'œuvre valorisant au mieux les produits du châtaignier à une économie de marché basée sur des rendements performants ?

Les voies de recherche sont données par des expériences collectives comme la coopérative de Lasalle, les cellules d'ingénierie de Saint-Jean du Gard ou des entreprises privées et novatrices en expansion.  La châtaigneraie fera certainement renaître le " jardinier cévenol ", dont parlent de nombreux économistes car la châtaigne est aussi un produit convivial de plein air nécessitant du feu (la poêle trouée à long manche), un cérémonial de préparation (faire suer) et de dégustation (les doigts sont sollicités) - et exigeant le vin nouveau d'automne. Ce n'est pas l'anonymat de Rungis qui convient à ce produit, mais la personnalisation de nos caves coopératives du Midi et tous les travaux de communication attenant. Poser le problème ainsi, c'est remonter aux sources de l'implantation du châtaignier en France lorsque les bénédictins l'introduisirent à la place du chêne pourtant si fort implanté

Le site du Musée des Vallées Cévenoles présente également un chapitre sur
Le Châtaignier.

Mise à jour le 1er avril 1999
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