Alain
Dumas

Alès et la Cévenne Capitale

Rotary Club Alès
Cévennes

Le Parc National des Cévennes
1970

"Vous découvrirez un merveilleux équilibre humain et esthétique"

              Jacques Monod

Le besoin d'élaborer un système de protection de la nature se faisait sentir depuis longtemps, tant pour la protection de la flore et de la faune que pour permettre aux habitants traditionnels de conserver une activité qui soit rentable pour eux.  C'était une vieille idée qui avait rassemblé dans un même désir des esprits cultivés et désireux de sauver leur région d'un dépérissement constaté, même si les modalités d'application et de fonctionnement variaient selon les objectifs de chaque protagoniste, en fonction de leurs origines ou de leur métier.  Déjà le spéléologue Martel avait émis une idée de préservation en 1890 et nombre d'autres personnes, par leurs actions ou leurs éditions, comme le docteur Pierre Richard des Vans (19181968) faisaient avancer les esprits dans ce sens.  Ce fut le pasteur Arnal, créateur du Club Cévenol qui apporta un dynamisme de réalisateur et la haute caution de sa personnalité.

L'acte de naissance fut signé en 1970 et les écueils furent encore nombreux.  Cette région était ingrate, hors des axes de circulation, et le relief, tourmenté, s'accompagnait d'un climat peu engageant.  L'hiver soufflait la hurle et, en mi-saison, des pluies violentes s'abattaient sur la région comparable dans leurs effets à une véritable mousson qui allait faire déborder les rivières du bas pays.  Les avantages étaient l'extrême diversité géologique, une rencontre des climats méditerranéen et océanique, une nature à la flore variée, des dizaines d'oiseaux non aquatiques et enfin une culture particulière de résistance populaire à l'intolérance dont les habitants étaient les fidèles dépositaires.  C'est pourquoi, ce Parc qui a été le quatrième créé en France est non seulement le seul à être habité : il est aussi le seul où les exploitations agricoles se maintiennent et profitent des avantages des avancées technologiques.

Dès la création, il n'échappa à personne l'extrême variété de ce Parc, géologique, climatique, sociale, et historique.  En effet, le granit domine sur les monts de la Lozère et de l'Aigoual et les menhirs attestent de la vieille occupation du sol.  Le schiste, plus au sud, a supporté la civilisation du châtaignier et toute une activité industrieuse attentive à la valorisation des produits de son sol.  Les plateaux calcaires à l'ouest de cet ensemble, furent le territoire de bergers et des grandes bâtisses.

L'homme résidant est respecté, et l'attention que porte ce Parc aux hommes revêt plusieurs aspects : maintien des églises et des temples, restauration et entretien des bâtiments ruraux, de la clède où sèchent les châtaignes, des fermes et des bergeries, accueil aussi de vacanciers dans des gîtes ruraux et animations diverses, depuis la veillée traditionnelle jusqu'aux excursions commentées et, bien sûr, les fêtes locales, votives ou festivals proches.  Tout un enchevêtrement de sentiers de grandes randonnées (750 km) ou de balades plus personnelles balisent le territoire, pour le traverser ou simplement pour le plaisir d'aller à pied ou à cheval : plus de 500 km de sentiers équestres sont balisés.

Qu'on ne s'y trompe pas : cette structure, à l'inverse de tant d'autres n'est pas immobile.  En 1972 furent passés divers contrats de collaboration avec les agriculteurs, en 1978, le conseil d'administration a approuvé des règles d'éthique, en 1981 fut introduit le vautour fauve avec succès.  Le Parc a été jumelé avec celui de Saguenay au Québec, et, en 1985, il a été agréé comme réserve de la biosphère dans le cadre de l'Unesco.  Une convention a été signée en 1992 avec l'Office National des Forêts.  Depuis 1974 se développent une politique contractuelle et le lancement des premières labellisassions.

Nous sommes loin des propositions du docteur Richard des Vans qui voulait que le Parc devienne un ermitage.  Rien n'était risible dans ce propos qui se voulait un paravent au tourisme de masse et qui voulait créer des cellules de vie simple pour chacun. Ces réalisations qui existent dans les Alpes, dans les îles méditerranéennes sont l'œuvre d'organisations privées. Le docteur Richard nous interpelle indirectement en voulant que soit préservée l'évolution d'une culture qui aurait là trouvé son point d'ancrage.

Pour une zone préservée, d'immenses territoires voisins sont totalement abandonnés et les ruisseaux disparaissent à cause des prélèvements ou d'un manque d'entretien.  Pourtant, à l'exemple d'un Parc national, qui est aussi un laboratoire, diverses solutions existent pour qui voudrait sauver aussi les zones périphériques.  Nous voyons, en France, des municipalités rechercher à coup d'annonces de nouveaux résidents, des citadins s'implanter pour vivre du maigre produit de leurs travaux agricoles.  On voit des villages entiers à nouveau occupés, comme en Italie par des " désocupatis ", et, déjà, des européens rechercher des terres d'accueil même ingrates.

A l'ère du marketing mondial, de la recherche de nouvelles valeurs, mutualistes, écologiques ou autres, tout est à inventer qui dépend d'une poignée d'hommes novateurs n'hésitant pas à proposer, agir, et réussir d'autant plus facilement que le sol, pour aussi pauvre qu'il soit, nous donne des ressources quasi gratuites. Le Parc National là encore, pourrait être, grâce à son expérience, un élément novateur de talent.

Site officiel du Parc National des Cévennes : www.bsi.fr/pnc

Mise à jour le 1er avril 1999
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