Ce récit est une suite d'instantanés. L'écriture ne fait pas appel à une reconstitution de mémoire et apparaît simple dans sa
franchise. Le retentissement de ce voyage, au-delà de la description et de la découverte des Cévennes tient au caractère spontané de la relation.Marcher dans les Cévennes n'allait pas sans danger,
même si Hippolyte Madègue, dans un guide pour touristes à venir, écrivait, pour être rassurant : "Le loup ordinaire qui récemment encore suivait la diligence du Puy au Monestier commence se faire rare dans
le département". Il en rajoutait : "Les gens ne s'aventuraient sur la route q 'armés de leur long e et triste coutelière qu'ils piquaient sous la table de l'auberge, par précaution". Il concluait en
affirmant que le dernier bandit était au bagne.
Avec son pistolet - il en parle peu – et l'ânesse Modestine - il en parle beaucoup – le voilà donc parti vers le bas Vivarais, la limite du Gévaudan et les
Cévennes.
Le ciel étoilé pour lui est un émerveillement constant. Il est sensible au mode de vie qu'il découvre chez les Floracois : "j'ai appris que toute la population vivait en bons termes – camisards
noirs et camisards blancs, hommes de milice, miquelets et dragons, prophètes protestants, volontaires, catholiques de la croix blanche, tous avaient sabré, tiré, incendié, pillé et massacré, le cœur ardent
de passion et de colère; et maintenant, après 170 ans, les protestants, toujours protestants, et les catholiques vivent ensemble amicalement grâce à une mutuelle tolérance. Il a pu écrire que " ce pays est
souriant malgré sa rudesse".
Mais la grande aventure est la découverte des Cévennes et l'on voit ici que Stevenson a le génie du lieu pour décrire son arrivée au Pont de Montvert.
"J'avais
jusqu'à présent parcouru une région morne – et rien d'autre de plus remarquable que la bête du Gévaudan – mais maintenant j'allais descendre dans le décor d'un chapitre romantique de l'histoire du monde".
Dans le même texte il s'était écrié : "ce sont là les Cévennes des Cévennes. C'est dans ce labyrinthe indéchiffrable de collines qu'une guerre de bêtes féroces fit rage pendant deux ans entre le Roi Soleil
avec toutes ses troupes et ses maréchaux d'un côté et quelques protestants montagnards de l'autre".
L'on peut se demander pourquoi Stevenson a entrepris ce voyage. Il s'agissait, apparemment, de
faire le point sur sa vie et son œuvre future. Il pensait à Janny qui allait divorcer pour devenir son épouse. Il répondait à un double désir d'évasion physique et métaphysique et aussi
d'écriture, par goût et nécessité. Il ambitionnait, à l'instar des hippies contemporains, la volonté d'être et la liberté d'agir par opposition à " ces employés de banque qui ronflent dans leurs
soupentes après avoir passé la soirée dans un bar frelaté ". Il explique lui-même son voyage en donnant la définition du voyageur : "Je ne marche pas pour aller quelque part, mais pour aller".
C'est ainsi
qu'il peut résumer sa brève vie : il voyagea aux Îles Marquises et s'éteignit à Tuamoutou après avoir écrit l'" Ile aux Trésors " et " Docteur Jekyll et Mister Hyde " qui méritent mieux que les tirages
destinés aux enfants. Il est le précurseur de la randonnée moderne et du marcheur insatiable.